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    CRITIQUE LITTÉRAIRE
    Nefertiti - Philippe Vandenberg




    Critique publiée par Woland le 29-08-2005

    C'est dans les années soixante-dix que Philippe Vandenberg a rédigé quelques biographies pharaoniques de qualité, dont celle de Nefertiti.

    Mais pourquoi "Nefertiti" et non pas "Akhenaton" ? Depuis les premières apparitions du nom du "pharaon hérétique" dans la découverte de l'Egypte ancienne par les scientifiques, c'est au fils et successeur d'Aménophis III le Fastueux et de la reine Tiyi que l'on imputait la responsabilité pleine et entière de la révolution religieuse d'Amarna.

    Pourtant, au début des années 60, Christiane Desroches-Noblecourt, dans le remarquable ouvrage qu'elle consacra chez Pygmalion à Toutankhamon et à la mise à jour de son tombeau, avançait déjà que les fondements du culte d'Aton avaient été posés dès le règne d'Aménophis III. Il est vrai que Desroches-Noblecourt était partisane de l'hypothèse d'une co-régence entre le roi vieillissant et son fils, Aménophis IV, futur Akhénaton, co-régence que Vandenberg, lui, réfute en se basant sur le fait qu'on n'observe pas de double datation sur les jarres à vin de l'époque.

    Il faut savoir que les anciens Egyptiens ne connaissaient pas d'"année zéro" - celle de la naissance du Christ pour notre civilisation. Dès qu'un pharaon mourait, l'année où son successeur recevait la double-couronne devenait l'année de références dans les calculs calendaires. En cas de co-régence, les bouchons de cire des jarres à vin portaient deux dates : l'une en fonction du règne du pharaon en titre, l'autre se référant au début de la présence à ses côtés de son successeur. Et lorsque celui-ci devenait seul pharaon, on repartait à nouveau à zéro.

    Dans le cas d'Aménophis III et de son successeur, Aménophis IV, rien de tout cela et l'on est en droit de penser aujourd'hui que, peu à peu, le pouvoir du pharaon vieillissant - et très diminué par la maladie - passa entre les mains de son épouse, Tiyi et, des mains de celle-ci, dans celles d'Aménophis IV.

    Vandenberg pose également comme quasi certitude le fait que Tiyi et Nefertiti, la future épouse d'Aménophis IV, étaient liées par le sang et que leurs croyances personnelles ont fortement influencé la vision religieuse d'Akhénaton. (On retrouve cette théorie dix ans plus tôt, sous la plume de Desroches-Noblecourt mais appliquée à la seule Tiyi.)

    Aménophis IV est présenté comme le mystique qu'il fut sans doute mais aussi comme un homme qui, très jeune, se savait livré à une maladie mystérieuse, appelée à bouleverser non seulement son apparence physique en la féminisant mais aussi à endommager sérieusement son psychisme.

    Les historiens et archéologues l'ont reconnu très tôt : vers la fin de son règne, Akhénaton se brouilla avec Nefertiti. Celle-ci se serait retirée dans une partie de la ville actuelle de Tell-el-Amarna où elle aurait tenté de préserver le pouvoir pour elle-même et ses héritiers. Pendant ce temps, Aménophis IV faisait monter sur le trône son frère et gendre, Smenkhêrê, non en qualité de co-régent (une pratique habituelle, nous l'avons vu), mais bel et bien en qualité d'épouse.

    "Invraisemblable, effarant !" s'exclamera-t-on.

    N'empêche que - le fait est avéré - une momie, indentifiée sans ambiguïté possible, comme celle de Smenkhêrê et retrouvée dans la fameuse cachette n° 55 de la Vallée des Rois, fut inhumée avec les attributs d'une reine qui, selon les bandelettes qui l'entouraient, "fut aimée d'Akhénaton."

    Cette étrange perversion des sentiments n'est pas la seule que l'on ait enregistrée chez Aménophis IV-Akhénaton. Très attaché à sa mère, Tiyi, et à couteaux tirés avec son père, Aménophis III, il dut tolérer que la princesse étrangère qui lui était destinée fût tout d'abord épousée par le vieux pharaon. (La preuve paraît établie en effet d'un premier mariage de Nefertiti, alors âgée d'une quinzaine d'années, avec le sexagénaire bien malade qu'était Aménophis III. Ce ne fut qu'après le décès de celui-ci qu'elle devint l'épouse, pendant longtemps adorée, d'Aménophis IV.) Est-ce à ce camouflet infligé par la double autorité paternelle et pharaonique qui poussa le jeune Aménophis à vouer en parallèle à sa propre mère un culte qui le conduisit à l'inceste ?

    Longtemps tenu pour un frère d'Aménophis IV, Touthankhamon est désormais assimilé à l'un de ses enfants mais, plus encore, au fils qu'il aurait eu avec Tiyi. Or, si, dans la famille pharaonique, l'inceste entre père et fille ou encore entre frère et soeur était chose couramment admise et pratiquée parce que destinée à légitimer le pouvoir (Cléopâtre VII elle-même n'avait-elle pas épousé son frère, Ptolémée ?), l'union d'un fils avec sa mère était évidemment sacrilège. Mais ce tabou immémorial, Aménophis IV, avec ou sans le consentement de Tiyi, le brisa. Doit-on en conclure que cette perversion absolue de l'instinct n'est pas étrangère à l'acharnement qu'apportèrent les siècles suivants à rayer son nom des tablettes pharaoniques - et à tenter de réécrire l'Histoire en effaçant tout ce qui se rapportait à Akhénaton ?


    Le critique : Woland
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