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    Mathieu GOUX
    Le projet Pygmalion
    et autres essais

    NotoriétéPopularitéPalmarès
              



    Commentaire de elam :

    Pour plusieurs raisons, qui me semblaient excellentes, j’ai cherché tout d’abord à émettre un avis de lecture plutôt mesuré. L’une de ces raisons, celle qui me paraît encore la plus importante, c’est qu’il s’agit, avec l’essai, d’un genre reposant sur des fondements subjectifs et autobiographiques très prégnants, où l’auteur s’expose, de manière singulièrement dangereuse, aux jugements les plus sévères qu’on pourrait abusivement lui adresser sous le coup de l’humeur.
    Car Mathieu Goux est une sorte de cascadeur, de Rémy Julienne de l’écriture : il semble bien, en effet, au premier abord, que sa seule passion véritable soit de prendre le risque radical de briser chez vous, son lecteur, dès le premier contact, tout désir d’alliance, et de tuer dans l’œuf tout désir de le lire, en décourageant systématiquement les efforts que vous consentez pour le suivre dans l’exposé alambiqué de ses réflexions ! Il oppose à votre élan une phraséologie absconse, un style plein d’affectation, se complaisant à cultiver des tournures ambiguës qu’il faut relire cinq fois pour assurer ses appuis avant de poursuivre, et tomber aussitôt sur d’autres petits effets littéraires, appliqués avec une certaine pose avantageuse. Bref. Ça part mal ! Vous êtes à B dans son abécédaire et vous vous dites que, non, ce n’est pas possible, vous ne pourrez pas tenir les vingt-six lettres, et sans doute pas même les trois premières, si ça continue comme ça. Après « Aliéné » donc, qui vous a Irrité au point de vous donner l’aspect d’un Hérisson, vous entamez « Barbarisme » dans un état d’excitation mentale qu’il faut bien mettre au crédit de l’auteur. Vous êtes tout le contraire d’un lecteur passif. Vous êtes prêt à en découdre. Si vous avez pu traverser « Aliéné » sans perdre la raison c’est que vous avez su mobiliser votre armée de neurones pour tracer et défendre votre propre route au milieu de ces rideaux de fumée, de ces glissements de terrain, de ces chausse-trappe sémantiques ! Vous êtes chaud. Trop même ! Alors, peut-être avez-vous jugé plus sain de laisser passer une nuit avant de reprendre votre lecture, pour pouvoir poser sur les alinéas gouxiens un regard apaisé et frais, et bienveillant, pour tout dire ! Et vous voilà de nouveau, manches retroussées, fixant « Barbarisme » droit dans les yeux !… Cette fois vous êtes atterré par la quantité d’énergie dépensée pour produire un discours présentant tous les signes de la plus intense réflexion n’aboutissant à rien ! Quelle pitié ! Et surtout quelle barbe ! Il faut rendre justice à l’auteur, il n’ignore rien de la tragicomédie qui se joue : « Apportai-je quelque chose de plus, ou bien ne faisais-je que rajouter une couche d’enduit à un mur qui jamais n’en a eu besoin ? Beaucoup de choses me semble vides. Soudain, c’est toute une volonté créatrice qui semble partir en fumée. ». Cette remise en question profonde et sincère vous touche et vous décidez de faire encore un effort en croquant dans son C comme « Cornichon ». Là, quittant les sphères raréfiées en oxygène des questionnements existentiels et linguistiques, vous barbotez dans une gentille saumure douce amère, très vaguement coquine, où Mathieu Goux vous amuse en avouant ses tics langagiers et ses affèteries, sans pour autant perdre de sa superbe. Non. Au contraire. Revendiquant un certain dandysme. Plus loin enfin, je ne sais plus dans quelle « section » (c’est le terme qu’il emploie pour désigner les partitions de son abécédaire – mais tout cela est-il vraiment sérieux ?), ses aveux sont plus consistants et prêtent à l’ensemble de son florilège une dimension d’autodérision – délibérée donc – à laquelle vous avez du mal à croire totalement : « Je me cantonnerai à quelques observations lapidaires, inutiles et abstraites ; c’est bien là le propos de mon abécédaire, faire du mot un prétexte à une réflexion, comme d’autres utilisent une guerre comme excuse à une invasion. »
    Rendu plus conciliant par cet avertissement tardif j’ai réussi à lire attentivement l’abécédaire jusqu’à Q comme « Question », puis, lassé par l’effervescence autoérotique du discours, par l’humour élitiste, disséminé dans tout le texte comme une sorte de fond de teint chic scintillant, fait de second degré érudit pour universitaire, j’ai soudain abandonné. Le lendemain j’ai parcouru le reste du recueil, juste pour m’assurer que tout était bien du même acabit et me concernait peu. Autre raison non négligeable pour chercher à tempérer mon commentaire… Que je me suis décidé à faire tout de même dans l’humeur mais aussi avec compréhension, pour être honnête avec moi-même et l’auteur.
    Compréhension : à la lettre action de prendre ensemble, de partager.
    Ce que je sens que je partage avec Mathieu Goux c’est toute cette belle simplicité qu’il masque si laborieusement, si douloureusement, par son écriture masochiste, et qui apparaît, presque pure, in extremis, dans sa postface : c’est la passion d’écrire, le besoin d’écrire pour mieux penser, pour mieux réfléchir sur sa vie, sur la vie… Oui, je crois que c’est le meilleur moyen pour moi d’avoir des révélations, sur mon chemin, sur le chemin de l’humain, sur le sens de mon passage, de notre passage, de notre présence, que la passion d’écrire c’est la passion pour le chemin, le cheminement, la recherche du meilleur, que nous sommes à la fois unique, singulier et tous les autres possibles, et que le meilleur de chacun est une possibilité, une étape, pour le meilleur de tous. Et je crois enfin que la lecture est le meilleur moyen de se comprendre, de partager ce désir de partage qu’est l’écriture.


    Son évaluation :
    Réponse de l'auteur au commentaire de elam :

    Tout d'abord, merci pour cette longue critique que j'ai lu avec grand intérêt. J'ai beaucoup apprécié les différents avis qui parsèment cette note, ainsi que l'aspect "journal de lecture".

    Je trouve ce récit de votre aventure au sein du texte particulièrement plaisante du reste, car elle est plus ou moins fidèle à ce à quoi je m'attendais de la part des lecteurs ; si je reprends notamment ce passage : "(...)cette belle simplicité qu’il masque si laborieusement, si douloureusement, par son écriture masochiste, et qui apparaît, presque pure, in extremis, dans sa postface : c’est la passion d’écrire, le besoin d’écrire pour mieux penser(...)", je n'aurai su décrire mieux l'une des réactions possibles au texte.

    Il me faut dire également que je semble me complaire, du moins cela se donne à moi au fur et à mesure que j'essaie d'écrire, dans deux ou trois tendances : tout d'abord, celle de la figure du "dandy", qui m'intrigue au plus haut point ; ensuite, celle de l'ironie (via, notamment, l'utilisation de figures alambiquées et d'amphigouris, et de références multiples), qui me permet de m'intéresser à la forme et moins au fond, celui-ci retenant finalement peu mon intérêt Car comme vous le dites, c'est justement cette "passion d'écrire" qui me pousse et m'inspire, cela et rien de plus. Et si je peux m'amuser en écrivant, faire en sorte que les lecteurs s'amusent ou s'interrogent en me lisant, alors je présume que mes petites sottises ont quelque chose d'utile, finalement.

    En tous cas, grand merci pour cette critique que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire !

    Cordialement,

    Goux Mathieu


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